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Le Cirque invisible ? Un feu d’artifices cousu main

Peu prophètes en France, Victoria Chaplin et Jean-Baptiste Thiérrée, inventeurs avant la lettre du nouveau cirque, reviennent exercer leur art enfantin de la transformation. Au Rond-Point et ailleurs, les théâtres font leurs choux gras d’un duo d’enchanteurs à l’ancienne qui ne cesse de tourner depuis trois décennies. Et prend quelques rides au passage.

Avec ces deux-là, il n’est question que de fil et de couture. D’invisible, leur cirque n’a que l’apparence, sans chapiteau, cages aux fauves ou piste ensablée. Reste l’essentiel : l’illusion et ses mécanismes, tantôt détournés, tantôt raffinés. Dès sa création en 1990, ce troisième spectacle en couple, après les Cirque Bonjour et Cirque imaginaire, est régi par l’alternance entre fantaisie débridée et fantasmagorie dansée.

Cirqueinvisible2©Brigitte Enguérand – http://www.brigitteenguerand.com

A Jean-Baptiste Thiérrée les fils de la magie, qu’il exhibe avec gourmandise. Lui, l’ancien comédien chez Roger Planchon, Peter Brook, Resnais ou Fellini dans… Les Clowns, se donne le rôle du bouffon, qui foire volontiers ses tours de passe-passe. En zèbre ou en tapisserie, en vieille cafetière ou cycliste trompe-la-mort, ses valises se confondant avec ses costumes ou l’inverse, il s’amuse à déjouer les attentes du public et dévier la fonction de ses accessoires – des bulles de savon au lapin dans le chapeau, tout y passe.

CirqueInvisible1©Jean-Louis Fernandez

A Victoria Chaplin, la haute couture du transformisme, faisant de chacune de ses contorsions et acrobaties un modèle unique, jamais porté ailleurs. Elle, la fille cadette de Charlie Chaplin, extradée des Etats-Unis avec toute la famille par la chasse aux sorcières maccarthyste, glisse son corps brindille dans des costumes improbables. Elle les anime, les renverse de l’intérieur, les retourne, et les ombrelles, manchon, voiles, voire meubles (!) se changent en insectes et oiseaux extraits d’une mythologie asiatique.

S’ils évoluent en solistes, une idée directrice les unit : composer un bestiaire fantastique dont on exhibe le montage, la fabrication. Eux qui « par horreur du dressage des animaux » ont quitté le cirque classique, n’en finissent plus de retailler un hommage au merveilleux des artifices. Au risque, comme ici, à la longue, que la cadence des apparitions ne décale la magie du bestiaire en lassitude de l’inventaire. Un petit péché mignon chez ses précurseurs du nouveau cirque, célébrés partout où ils passent pour l’invention, avec trois bouts de ficelles, de leurs défilés.

Jusqu’au 15 juin au théâtre du Rond-Point
Du 30 août au 1er septembre au Stora Teatern de Göteborg
Les 26 et 27 septembre au théâtre de Beauvais
Du 1er au 6 octobre au TNP à Villeurbanne
Du 13 au 18 décembre au théâtre de l’Ouest parisien à Boulogne-Billancourt
Du 21 au 23 décembre au théâtre de Villefranche-sur-Saône
Du 26 au 29 décembre au Radiant-Bellevue à Caluire
Les 16 et 17 mai 2014 au théâtre des Sablons à Neuilly-sur-Seine
Du 22 au 25 mai au théâtre du Jorat à Mézières

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Jos Houben rit à corps déployé

Une table, une chaise, une bouteille d’eau… pas besoin de plus d’obstacles pour faire rire. Si, un corps. Celui d’un grand échalas belge, rompu au burlesque, au mime. En moins d’une heure, Jos Houben élucide un mystère. Le rire a beau être le propre de l’homme (encore que la hyène par exemple…), on ne sait pas d’où il vient, ni quoi en faire. Le comédien vu chez Peter Brook ou Simon McBurney en démonte et remonte la mécanique.

big4363Jos-Houben©Giovanni Cittadini Cesi – http://www.cittadinicesi.com

Cette leçon de chose comique, Houben l’enseigne autant par la parole que par le geste. Au départ, le propos est sérieux. Elève puis professeur de l’école Jacques Lecoq, le créateur à Londres du duo The Right Size ou du théâtre de Complicité enseigne le mouvement et ses incidences aux quatre coins du monde. Adepte de la méthode Feldenkrais, il mène bel et bien une conférence, dont le propos est de conduire le public à prendre conscience des possibilités, attitudes et effets que génère le corps. Donnée en trois langues (anglais, français, néerlandais), elle n’était pas pensée comme un spectacle. Elle l’est devenue quand des spectateurs s’y sont invités, au fil de cours donnés jusqu’en Israël ou en Thaïlande. Elle est spectacle au moment où le corps du conférencier dégingandé s’anime et illustre l’analyse, l’observation avec une maladresse apparente très étudiée.

L-ART-DU-RIRE_GiovanniCittadiniCesi_036©Giovanni Cittadini Cesi – http://www.cittadinicesi.com

« A-t-on le choix de rire ? » La question ouvre la démonstration. A voir Jos Houben tout seul sur scène, à l’en croire, la réponse est : pas vraiment. Le rire nous excède. D’après le comédien élastique, « il survient toujours à la marge des autres émotions ». Il « permet ce que la politesse ou les formalités ne permettent pas ». Il advient malgré nous, il « est présent dans tout, sauf parfois chez les comiques ». C’est là que son raisonnement touche au but. Tant qu’il parle, Jos Houben n’est pas drôle, tout du moins il n’entend pas l’être. Dès qu’il bouge, par contre, il déclenche l’hilarité. Le plus fort dans ce cas pratique, c’est qu’il annonce qu’il va nous faire rire. Il en est sûr. Cela ne rate pas. Sous ses airs d’ahuri, sous ses mimiques, perce un enchaînement de gestes aussi calculé et autoritaire qu’une recette pâtissière.

L-ART-DU-RIRE_GiovanniCittadiniCesi_010©Giovanni Cittadini Cesi – http://www.cittadinicesi.com

Pour nous en convaincre, il aligne les exemples, refait le bébé qui apprend à marcher et vacille, la vache ou la poule qui se retrouve, étonnée, dans un musée, l’adolescent bataillant avec ses pulsions intempestives, ou le serveur empêtré par l’émotion, la tension de son premier jour de travail dans un grand restaurant. Ces situations disqualifient la blague, le bon mot facile, l’oralité comme source du rire. Qui naît plutôt d’un désordre même léger dans la norme, d’un caillou dans la chaussure des rapports qu’on a tous avec autrui. Ce qui compte, c’est l’embarras. Le détail qui, grossi par une vaine tentative de compensation, fait tout déraper. Contre son gré. Quand il incarne le serveur catastrophe, Houben déplie la mécanique du rire comme un horloger. Il renoue avec le meilleur du du film muet, et donc avec la fausse naïveté de Chaplin ou Buster Keaton.

L’habileté de l’acteur performeur, vu ce printemps dans la reprise du Répertoire de Mauricio Kagel, autre pièce implacable, nous amène tout de même à un drôle de constat. Le rire fait de nous ses jouets, des pantins. On ressort de L’Art du rire à l’état de machine, plus du tout certain d’être doué de spontanéité. Secoué par un lutin allongé, tout droit échappé d’une bande dessinée. Jos Houben, il aurait très bien pu être dessiné par Franquin…

Jusqu’au 15 juin au théâtre du Rond-Point à Paris
Les 2 et 3 octobre au théâtre des Capucins à Luxembourg
Le 6 octobre au théâtre Romain Rolland au Kremlin-Bicêtre
Les 14 et 15 octobre au théâtre du Vellein à Villefontaine
Le 6 novembre à Villeneuve-d’Ascq
Le 9 novembre à Marne-la-Vallée
Le 6 décembre à Lunéville
Le 13 décembre à Bar-le-Duc
Du 15 au 19 décembre à Clermont-Ferrand

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