Bernard Lévy déride Beckett (1) : En attendant Godot

 

Que faire aujourd’hui d’En attendant Godot, tour à tour considéré comme pièce d’avant-garde, pièce bourgeoise et spectacle officiel entre 1953 et 1961 ? Déjà, se départir de l’esprit de sérieux qui nimbe trop souvent l’oeuvre de Samuel Beckett. Après sa mise en scène de Fin de partie,  Bernard Lévy y parvient en poussant le rire plus loin.

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©Philippe Delacroix – www.philippe-delacroix.com

 

Là où l’humour, dans la rigueur du dispositif de Fin de partie, se fait retors et implacable, il est ici gagné par le désordre, l’extravagance. Deux soirs de suite, Vladimir et Estragon, les clochards épuisés, se retrouvent sur la même route déserte, au rendez-vous fixé par Godot, l’homme mystère qui doit répondre à toutes leurs questions. A chaque fois, les heures passent, la nuit vient, les deux compères tuent le temps. Comment ? Comme dans Fin de partie : en parlant. De ce qu’on a vu, ou plutôt de ce qu’on n’est pas sûrs d’avoir vu. A chaque fois aussi, ils croisent l’infâme Pozzo et le vieux Lucky qu’il traite littéralement comme un chien, perdus dans la relation torve entre maître et disciple.

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©Philippe Delacroix

 

Avant Fin de partie, Beckett la révise déjà cette relation fondamentale de la philosophie. Mais ici, sans maître. Godot n’est pas là, Vladimir et Estragon doivent se connaître eux mêmes, par leurs propres moyens. La mise en scène de Bernard Lévy traite avec un appétit facétieux ce doute, absurde, permanent, de l’existence, et l’interprétation visiblement gourmande déjoue la sécheresse des consignes du grand Sam, Gilles Arbona et Thierry Bosc tirant leurs personnages du côté des Pieds Nickelés. Sur peu ou prou les mêmes acteurs de Fin de partie passe un voile de bouffonnerie, le spectacle renouant avec le goût de Beckett pour le music-hall. Tel ce Lucky à paillettes et yeux ronds grimé en vieux Polnareff hagard, interprète d’une tirade admirable de trébuchement, d’hésitation, celle d’un homme bafoué, qui cherche les derniers mots qui lui restent. Lévy témoigne en cela d’un respect tendre et bonhomme pour l’énigme du texte, qui est aussi celle de la vie. Comme le dit Vladimir, « l’humanité, c’est nous, que ça nous plaise ou non ».

 

Jusqu’au 27 janvier à l’Athénée Théâtre Louis Jouvet à Paris
Le 31 janvier au Salmanazar à Epernay
Les 14 et 15 mars 2013 à la scène nationale de Narbonne
Les 19 et 20 mars à la scène nationale d’Albi
Le 11 avril à l’ACB, scène nationale de Bar-Le-Duc
Le 19 avril au théâtre de Suresnes Jean Vilar

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