Bonnaffé, l’athlète inouï de la poésie

D’un trait de bière bordé de cacahouètes, l’acteur échappé du Nord évoque ici sa soif, son goût pour la logorrhée de Jean-Pierre Verheggen, un auteur nourri au pot belge de la langue. Avec L’Oral et Hardi, joué partout depuis quatre ans, il n’est pas prêt de l’étancher.

© Xavier Lambours

Bateleur de scène, coureur de la langue… Jacques Bonnaffé est tout à la fois. Et aussi un acteur en permanence « à la frontière ». Un pied au cinéma, l’autre au théâtre. Le cul juché sur un petit vélo pliant à virevolter sur les trottoirs de Paris où il habite, la tête parfois encore au Nord, terre natale à laquelle il s’est « arraché » et revient pour en dévaler le patois « carnavalesque ». Pour Bonnaffé aujourd’hui, « la meilleure manière de [se] présenter, c’est de faire L’Oral et Hardi« .

Un solo où les souvenirs de son enfance de pitre à Douai s’immiscent dans les harangues soûles et pas sottes du poète wallon Jean-Pierre Verheggen, compositeur d’une fantastique chevauchée de jeux de mots et de sons, de lapsus et de détournement lexical. Ce discours dévergondé d’un homme politique en campagne, énergumène intarissable et lunatique, Jacques Bonnaffé s’est « esquinté » à le mémoriser tant il « résiste à l’écoute », mais le prise d’autant plus qu’il peut jouer à « l’Hercule de foire » et céder à « cette exigence d’exhibitionnisme ».

© Brigitte de Malau

Partir dans l’excès n’est pas la seule vertu qui l’incite à se colleter les « numéros de scène de parole » de Verheggen, notamment auteur de Ridiculum vitae ou Artaud Rimbur. Il y éprouve aussi « une force assez vibrante de l’engagement – lui appelle ça du langagement, qui est une manière de chiffonner les beaux habits de la littérature ». En clair l’interprète désarticulé chérit le poète pour sa révolte goûtue, « ses forces d’évocation de ce qui crie en nous-mêmes ». Bonnaffé se retrouve dans la langue qui ne tient pas en place, loin de la « pure tradition d’une langue française » ou d’une « pure adhésion dialectale où il faut défendre le parler de chez soi ». Lui qui, lycéen, s’en est « pris plein la gueule » au contact des Brook, Mnouchkine, Kantor et consorts, peut ainsi à son tour produire sur scène de l’inédit, de « l’inouï ».

 

L’Oral et Hardi

Le 10 novembre au Val de Reuil
Le 18 novembre à l’espace Gérard-Philipe de Fontenay-sous-Bois
Le 14 décembre au Pays mornantais
Le 12 janvier à Savigny-sur-Orge
Le 17 janvier au théâtre Gabriel Dorziat d’Epernay
Le 15 février à l’espace Ronny Couteure de Grenay
Les 21 et 22 février à Villefontaine

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