Valère Novarina, L’Atelier volant

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©Giovanni Cittadini Cesi (www.g2iphoto.com – giovanni@g2iphoto.com)

Jusqu’au 6 octobre au théâtre du Rond-Point à Paris

Du 9 au 13 octobre au TNP à Villeurbanne

Du 14 au 24 novembre au théâtre Vidy à Lausanne

Du 22 au 26 janvier au théâtre Dijon-Bourgogne

Du 19 au 22 mars au théâtre national de Bordeaux-Aquitaine

Et aussi à Mâcon, Rochefort, Chalon-sur-Saône, Saint-Denis de la Réunion, Saint-Etienne, Perpignan, Annecy, Toulouse, Strasbourg, Annecy, Besançon…

De L’Atelier volant, une scène persiste, qui illustre l’impasse dans laquelle aboutit le spectateur devant le théâtre de Valère Novarina. A un moment donné, on n’y entend plus rien. Là, une femme paraît, majestueuse sur son estrade piédestal (« piédestrade » aurait pu écrire Novarina…). Une prêtresse, jouée avec emphase par Myrto Procopiou, l’une des dernières venues dans la troupe du dramaturge suisse, agitant ses voiles rouges dans un grand moment de théâtre à la fois forain et antique. Sa danse drapée hypnotise autant que sa bouche, « immense » même si elle ne sourit pas, que n’aurait pas reniée la Marcia Baila des Rita Misouko. Elle prend le dessus sur le sermon qu’administre la vestale à des ouailles stoppés net dans leurs jeux de plage.

Cette femme, c’est madame Boucot. L’épouse, égale dans la perfidie, du patron d’une petite entreprise qui veut grossir, grossir, et pour cela embauche et considère ses employés tel un négrier ses esclaves. A ceci près que les boulets ont été remplacées par le ronron fourbe du langage, de la novlangue qui fleurit avec ses « marketing », « recruiting » ou « imponderability ». Aidés d’un docteur opaque et laconique, les époux Boucot passent leur temps productif à détourner les travailleurs de leur révolte. « Vendez-moi une chose, pour que je lui appartienne » leur supplie l’un d’eux : rien ne doit plus les empêcher de picorer les produits inutiles qu’ils s’échinent eux-mêmes à fabriquer, et les accaparent jusqu’à la ruine.

Le spectacle, et la course du langage, s’emballe justement quand Novarina les représente au travail à la chaîne. L’ordonnancement à la Jacques Tati se grippe non pas avec un détail qui cloche, mais avec un mot, une réflexion, une observation d’un des huit ouvriers informes dans leurs justaucorps gris, même pas nommés, qui effleurent à cet instant la prise de conscience. Vite ensevelie sous la couche de discours managérial du patron Boucot, Falstaff de bureau interprété, avec sa folie coutumière, par Olivier Martin-Salvan.

Valère Novarina n’avait jamais monté lui-même sa première pièce. Elle reste visionnaire. Sur son propre théâtre d’abord, tant elle contient les termes du Babil des classes dangereuses, et inaugure son écriture typique, torrent d’expressions gonflé par les associations d’idées et les emprunts aux dialectes et langues régionaux, dont rafole l’auteur de L’Opérette imaginaire. Piquée d’anglicismes, elle dit tout, dès le début des années 70, du langage tel qu’il est décliné et dégradé dans l’entreprise libérale pour endormir et normaliser les salariés. Mais maintenant, après avoir vu plusieurs pièces de Novarina depuis L’Acte inconnu, on ne peut plus l’entendre, l’avaler en entier. Quarante ans après, Novarina n’en a pas changé une ligne. Juste effectué quelques coupes, et encore, à peine, car pour lui, ce texte est « un animal de mots », « un corps autonome qui avait sa logique, sa musculature », et il lui fallait alors « bien prendre garde à ne pas couper un nerf ».

Ces précautions ont fini par étouffer la satire des moeurs du travail sous le déluge des jeux de mots qui délectent peut-être Novarina, mais fatiguent jusqu’aux acteurs. D’après lui, « toutes les émotions des spectateurs viennent de [leur] incandescence, de leurs danses parlées… ». Mais le babil auquel il les astreint les cloue justement au sol, les cantonne aux mêmes rôles, aux mêmes standards que L’Atelier volant ne cesse de dénoncer. Battus qu’ils sont par un autre abrutissement du langage.

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