Valère Novarina, L’Acte inconnu

De L’Acte inconnu, Valère Novarina dit qu’il est « comme le rêve et comme bien des scènes de notre vie, une réminiscence, une remémoration ». Créée en juillet 2007 au festival d’Avignon, cette pièce intègre son répertoire « utopique » et remonte à la surface du plateau toutes les strates de son univers, par bien des aspects archaïque. Pas dans le sens désuet du terme, mais celui d’un retour aux origines.

Déjà, zébré de ses propres peintures, le décor minéral cite les reliefs de son enfance en Savoie. Un lieu essentiel pour le comprendre, où les langues s’entrechoquent : italien, allemand, français, savoyard. Novarina a tiré de cette percussion sa propre langue. Une musique toute en variations et accidents, où les sons et l’histoire même des mots importent plus que le sens.

Du sens, il y en a dans L’Acte inconnu. Conférenciers d’une histoire de la « déshumanité », les multiples personnages – Le Bonhomme Nihil, Le Coureur de Hop, Raymond de la matière, La Machine à dire beaucoup, La Femme spirale, Le Déséquilibriste… – l’entonnent et le prouvent, l’homme est un jour né de et par le langage, et va mourir (meurt déjà) par lui à force de le dévoyer. Sans être accessoire, ce propos-là s’évapore parfois dans la succession des numéros d’acteurs.

Marqué par le music-hall, Novarina le metteur en scène s’en remet plus que jamais au souffle de ses interprètes pour transfigurer Novarina l’auteur. Conduits par un géant de toile – le fantôme de Daniel Znyk, acteur fétiche de Novarina décédé en 2006, ils traversent l’espace vide en funambules. Et mâchent, se repaissent de tous ces « slogans, maximes, exhortations, exclamations, impératifs », qui, en autant de morceaux comiques ou dramatiques, s’emboîtent et composent un portrait cubiste de l’humain. Relevant à la fois du cirque et de la messe, tant abondent les images chrétiennes, L’Acte inconnu exhibe alors toute la géométrie mentale de son auteur, au risque que la « remémoration » ne s’abîme dans la répétition.

(Version à peine remaniée et enrichie d’un article paru dans l’hebdomadaire Tribune de Lyon en octobre 2007)

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